Jean-Baptiste Gonnet, l’électron libre – Fédération Français

Il revient tout juste d’une séance de travail de trois jours passés en compagnie d ’Alain Alberti, du côté de Massane, près de Montpellier. Jean-Baptiste Gonnet, qui vient de souffler ses 38 bougies le 28 septembre dernier, prépare tranquillement mais sûrement son retour sur le Tour européen depuis son cut manqué au Portugal Masters le 11 septembre. Il sera ainsi au départ de l »Open d'Italie, du côté de Brescia (22-25 octobre), avant d’enchaîner avec le Open de Chypre une Paphos (29 octobre-1er novembre).

« Je ne vois pas souvent Alain mais on est en train d’installer une ligne directrice simple et super carrée, explique celui qui a récupéré un droit de jeu sur le Tour en finissant dans le top 25 des PQ3 en novembre dernier à Tarragone (Espagne). Je dois reconnaître que je ne m’entraîne pas assez par rapport aux petits jeunes qui arrivent, comme les Antoine Rozner ou Robin Roussel par exemple… Je ne vais pas faire du golf pendant 8 heures par jour mais il faut que je me dégage un peu plus de temps pour m’entraîner. Car sinon, ça risque de ne pas fonctionner en 2021. »

24e dans l'enfer de Valderrama

Depuis le début de l’année, l’Azuréen domicilié au Cannet (06) n’a en effet disputé que cinq tournois, dont trois avant que la pandémie de Covid-19 ne bouleverse totalement le calendrier de l’European Tour. Depuis le retour de la compétition le 22 juillet, il n’a joué que deux fois, manquant le cut au Portugal mais en finissant 24e à l ’Maîtres d'Andalousie sur le terrible parcours de Valderrama, qui a littéralement broyé tout le champ. Le vainqueur, l’Américain John Catlin, a ainsi fini à +2!

« 24e avec assez peu d’entraînement, et en faisant des conneries, notamment le dernier jour avec deux putts aux 17 et 18, c’est encourageant, ajoute-t-il. Sinon, je fais top 10. Le fond de jeu est correct. Je sens que je ne suis pas loin. Après, pour être régulier et jouer la gagne, il faut jouer comme Antoine Rozner. J’ai joué avec lui et ce n’est clairement pas le même jeu de golf. Il tape beaucoup plus fort, il est plus régulier. Il n’y a pas de secret, ça fait la différence. Mais on n’a pas le même âge non plus (rires). »

Eviter le contrôle positif

JB, comme on le surnomme dans le milieu, aurait pu ajouter plusieurs tournois à son actif cette saison mais il n’en a pas éprouvé le besoin. En toute franchise, il explique pourquoi.

« J’aurais pu m’aligner au Maîtres britanniques (22-25 juillet) mais je ne suis pas allé en Angleterre. J’avais peur de me faire contrôler positif, d’être coincé là-haut pendant quinze jours et de louper mes vacances. Ma femme pose toujours trois semaines au mois d’août. J’aurais aussi pu être au Championnat du Royaume-Uni (27-30 août) mais j’avais une douleur terrible au pied (arthrose) et j’ai préféré faire l’impasse. Honnêtement, ça ne m’a pas manqué de ne pas jouer. Je flippais aussi un peu par rapport au virus… 2020, c’est une saison blanche. Quand tu joues des tournois très bien fait, qui compte pour le classement mondial, tu y vas. Là, vraiment, ça compte pour rien. »

Magnus Konow, plus qu'un mécène

Jean-Baptiste Gonnet est un électron libre dans le paysage tricolore. Après être resté au plus haut niveau entre 2007 et 2013 avant de poursuivre tant bien que mal durant trois autres années sur le Tour du défi, il décide à la fin de l’année 2018 de ranger les clubs dans le placard à souvenirs en s’offrant une nouvelle orientation dans sa vie professionnelle, en présentant par exemple du côté de Valbonne (06) une académie où il prodigue, entouré de quatre pros, son savoir-faire aux jeunes talents de demain. Et puis lors d'une partie amicale avec son ami et mécène, Magnus Konow, connu pour avoir notamment aidé financièrement Victor Dubuisson, le déclic s'opère. Son jeu est encore très compétitif et sous les conseils répétés de ce même Magnus Konow, il décide finalement de se présenter aux PQ1 des cartes européennes. La suite, on la connaît.

« Au-delà de l’aide financière, il s’intéresse à ce que je fais, avec qui je m’entraîne, souligne-t-il en évoquant Magnus Konow. C’est un vrai plaisir de l’avoir à mes côtés. Si je l’avais pas, ça ne se passerait pas comme ça. Déjà, je n'aurais pas rejoué. S’il n’y avait pas Magnus, je ferais mes cours au practice et n’aurait pas ce genre de discussion… Je lui dois beaucoup. Le practice? Cela marche correctement. J’ai essayé de restructurer l’équipe de pros. J’y vais de temps en temps. C’est une petite académie qui tourne gentiment. Je m’investirais peut-être un peu plus quand je n’aurais plus la carte mais là, c’est sympa. On donne des cours, il y a une bonne équipe… »

«Si tu ne vas pas à la salle, t'es un loser»

A lui maintenant de bien préparer l’exercice 2021 et posséder toutes les armes pour rivaliser avec cette nouvelle race de golfeurs, toujours plus jeunes et hyper physiques, qui entend prendre pour longtemps le commandement du golf mondial, à l’image d’un Bryson DeChambeau, récent vainqueur de l »US Open.

« Sans parler du cas DeChambeau, qui déchaîne les passions en ce moment, c’est ahurissant comme le champ de joueurs a forci, a augmenté ses distances, analyser-t-il. La puissance des mecs, ce qu’ils tapent en termes de clubs par rapport à ce que je peux taper, moi … C’est dingue! En 2008, j’étais quasiment parmi les meilleurs frappeurs en distance. Maintenant, je prends de nombreux mètres par tout le monde ou presque. Je prends un ou deux clubs sur chaque par 3. Cela s’explique par le fait que les mecs arrivent de plus en plus jeunes sur le circuit, qu’ils sont au courant que la préparation physique est primordiale pour interprète au plus haut niveau. Les gars sont affûtés, vont tous à la salle. En 2008, quand tu allais à la salle, t’étais tout seul, t’étais un warrior. Aujourd’hui, si tu ne vas pas à la salle, t’es un perdant. Il n’y en a pas un qui n’a pas son rouleau, son tapis… Aujourd’hui, l’objectif des mecs, c’est de fracasser la balle et d’aller le plus loin possible. Sur l’a vu avec DeChambeau sur l’US Open. Il va falloir que je fasse un gros effort sur ce point-là. J’en ai discuté avec Raph Jacquelin et Greg Havret… On voit que c’est plus difficile qu’avant. Si on ne tape pas fort, on a du mal par rapport au reste du champ. »

Quasiment pas d'entraînement pendant un an

Avant de conclure, lucide sur le golf d’aujourd’hui et surtout de demain:
« Quand je suis retourné au PQ1 des cartes l’an passé, j’ai vu un très net changement de mentalité. Je suis tombé avec des jeunes qui me mettaient à 40 mètres en voiture. Même a choisi les deuxièmes et troisièmes jours. Et c’était d’autres mecs. Le jeu de golf est en train de changer, d’évoluer. Dans dix ans, ce sera totalement différent. A moins qu'il y ait de grosses restrictions sur le matériel, sur la balle… Il y a de plus en plus de types qui vont faire comme DeChambeau. C’est comme au tennis. Avant on avait droit à des revers chopés le long de la ligne, aujourd’hui, c’est fini. Les mecs balancent des missiles pendant 45 minutes… Au golf, c’est pareil. C’est fini les mecs qui travaillent la balle comme pouvait le faire Ballesteros, maintenant, c’est gros pain en l’air et tout droit. DeChambeau? C’est l’extrême, certes, mais quand on voit des Dustin Johnson ou Rory McIlroy taper, ça envoie du drive à 300 mètres, ça coupe les doglegs dans tous les sens. Mais bon, cela n’altère en rien mon ambition pour 2021. Je suis de plus en plus motivé pour jouer au golf. Il faudra que je fasse des efforts physiquement car je n’ai jamais fait trop d’étirements et autres étirements. Je suis donc un peu raide. A 38 ans, ça commence à être un peu plus dur que lorsque tu en as 23. Et recentrer mon temps libre sur moi et sur quelques jeunes que j’entraîne. Bref, pour garder sa carte, il va falloir muscler son jeu, driver un peu plus fort sans faire le débile et putter un peu mieux. »

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